Nowhere.Town

Contes de trottoir [ou quand les mots devinrent fous]

Lundi 19 décembre 2011 à 21:00

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Etant une grande fan des autoportraits d'Olga Valeska (
lien ici), j'ai pour la première fois tenté de me mettre moi aussi en scène. Alors certes, je ne suis ni modèle, ni photographe et encore moins retoucheuse, mais on va dire qu'à mon petit niveau, ça aurait pu être pire, (malgré l'air affreusement hautain que j'ai sur certaines photos...).

Dimanche 27 novembre 2011 à 18:39

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 - I -

Dimanche. Des souvenirs que l’on regarde s’éloigner et qui inspirent à la fois douleur et émerveillement. 
Fin de journée, un message envoyé à l’ancien amant, et pleurer de plus belle.
Pas de réponse.
Des cris, des mots qui en escaladent d’autres à se pousser si fort dans ma tête 
« Putain de mâle ! Au vent, au vent, je t’éparpille et je ne veux plus savoir ton nom ! Mort, tu es mort à mes yeux, à présent ».
Des mots noduleux des mots cancers pleins de protubérances, que je jette à la gueule du vide.
L’homme est déjà si loin, peut-être même si heureux.

Lundi. L’été sur son déclin et l’automne qui revient, s’emmitoufle dans des tentures foraines, tout en ambre, pommes d’amour & odeurs chaudement sucrées.

Je m’égare dans une jungle poussiéreuse, où, animale, je rôde, frôlant des corps à queue, bouleversée à l’idée d'apprendre d'eux de nouvelles partitions. 
Les mâles sont parfois beaux, parfois pas, et leurs yeux me dévorent. Quelquefois.

Mardi. Vêtue d’un bustier aux dentelles géométriques, j’observe cet homme venir à moi et embrasser mes cheveux. Ma vie est tellement étrange, maintenant que mes repères ont volé en éclats. Qu’est-ce que je fous là ?
Je ne veux pas mourir mais sans toi je me fane, et l’autre, il jette ses pierres, ses poings dans mes ténèbres. « Petite salope », chante-t-il, en me remplissant la bouche.

-II-

Semaine. Les hommes s’enfilent en moi comme des perles identiques, me parent et me parlent avec leur corps. Déchirant le silence de mon intimité à coups de tiges dures & tendues, il me font hurler dedans, éclairent mes cavernes et je deviens liquidienne, murène pour eux. Et femme, surtout.

Je n’ai plus six ans, à sangloter alors que père sangle ma glotte, jusqu’au sang, aux longs sanglots.
Une parole qu’il entache de blancs puis de bleus, à me cogner pour des silences. Ecchymosée mais muette, émue, mouette, d’une blancheur de calcaire, toute une adolescence à remuer les vents pour le droit aux mots.

Aujourd'hui, je suis femme, oui.

Envolées mes robes de bohémiennes, à danser et courir en chants gitans, les mains liées à celles de ma sœur, puis aux hommes qu’elle ramène : leurs odeurs de tabac, leurs peaux brunes et tavelées, des hommes pleins de rage qui surprotègent la moi minuscule que je suis alors. Pleine de cris retenus, ils me secouent parfois mais je ne parle tout de même pas.
« Tout va bien », je répète, les bras tatoués de lignes sanguines.

Et dans le vide de la chambre, la plainte nocturne de l’enfant sale qui ulule en ronds de gorge ses odes au pardon « Pardon d’avoir pleuré alors que je voulais seulement parler et d’avoir aimé cet homme qui me faisait penser à mon père ».
Dix ans, claquemurée dans une existence pianissimo. Ma vie n’est rien qu’un long cri sourd sous un ciel incolore.

En moi,
Solo la sed.
Soif de dire, de crier, d'oublier.

Et puis grandir. Les blessures qui s’effacent dans les cavernes du temps, se décolorent. Devenir adulte comme on le peut, se vacciner de ce que l’on était : la môme sans bouche qui refusait de vivre.
Les cris finissent par se suicider à l'intérieur de moi. Aujourd'hui, ils ne sont que cadavres.

- III -

Dimanche. Tu es revenu.
Veste et chemise que je déboutonne avec empressement, mes doigts jetés sur ta barbe et ta bouche décolorée par les fumées grises. Je me retrouve putain, à tourner en  passes roses, ouvrir mes jambes pour t’y faire sentir mes humeurs, ma passerose en fleur.
A frotter l'un contre l’autre notre peau musquée de saveurs d’après jouissance.

Quand je te regarde, tu me sembles être une perle différente des autres.
Peut-être parce que je t’aime.
Peut-être parce que je crois t’aimer.
Peut-être parce que je veux t'aimer.
Peut-être parce que.
Peut-être pas.

Lécher les babines amères, m'empoisonner de toi et me donner la mort, me donner l’amour, des dizaines de fois par jour, à coups de foudre et de foutre.

Je te prends dans mes bras, t'étouffe. Tu es revenu.
Je respire.

C’est toi, tu es là.

- IV -

Jeudi. Prisonnière du ventre de cette terre gonflée, mon monde tangue autour de moi, et ses ballets d’étoiles m’étourdissent. Je suis enfermée dans une vie trop étriquée, qui saigne de l’intérieur.

« Je ne suis pas sûr de pouvoir te rester fidèle, Anna », articules-tu.
Haut-le-corps.
Puis, haut-le-cœur.

J’observe les linges tachés d’amour, tourneboulés en coin de lit, qui hument toujours l’amer, nos fluides floraux épais. 
Enfoiré.

- V -

Tragédien, tu m’aimes bien mais ne rêves que de t’offrir ailleurs, de dénuder ces vipères qui te sifflent. Alors ton corps, je le caresse tant que je le peux encore, en essayant d’en retenir les contours. A défaut de me sentir prête à m'éloigner encore.

Ici, près des coraux, nos corps-eau s’accolent en ce fond d’océan dépeuplé. Loin de nous, à peine audibles depuis ce coin de mer, les sirènes secouent leurs bracelets qui tintent en guise d’appel.
Toi, tu les entends.

Derrière tes fenêtres, ces sylphides légères balancent au vent leurs longues chevelures, dénudent leurs corps aux yeux du monde. Leurs voix sont aussi soyeuses que des pluies claires qui glissent en gorge. Tu reçois leurs appels à toute heure du jour et de la nuit. Elles sont partout, rôdent et se collent aux murs.
J’ai beau fermer à clé toutes tes portes, elles s’insinuent en toi, sans faire de bruit. Sournoises.

Et moi.
Moi je suis tellement loin de ces femmes belles et gravides qui se couchent devant les hommes pour expier leurs péchés. A tendre leurs mamelles d’où gicle le lait et ouvrir des bouches où les hommes comme toi font gicler le leur. J’ai envie d’être comme elles, amante aimée, mais c’est tellement compliqué lorsqu’on n’est que l’expression d’une angoisse sans fond. 
Je ne suis qu’angoisse.

Comment est-ce que l’on retient les hommes ?

 - VI -

Matinée,
Une plaine des chardons qui déchire les robes aux hanches. Des roches en jambes sur lesquelles prendre appui, vent de face, et cheveux étirés dans le dos en ruisseaux dorés du soleil.
L’homme dit des choses si belles, que j’ai envie de danser dans ma robe crème en macramé. Prendre ses mains, sa bouche, continuer de l’aimer.

Et puis, le mot de trop.

Devant,
La haie, rouge, de petites baies à gober.
Dedans,
La haine rouge des petites baises à côté.

La maladie aveugle qui monte au sang et démange.
Je le regarde dans les yeux, il sourit et je pense.
« Si tu les baises, j’avale tout : les baies, l'amour que j'ai pour toi, et le foutre des autres, me dessinant des barbes d'écume en coin de lèvres ».

Sourire de retour.

« Pauvre folle », pense-t-il.
Oui, folle que je suis.

Mais, lorsque je traverse jusqu’à l’autre côté du brouillard et que je me retrouve seule devant ces tasses vides, alors. Il y a le chat qui se roule dans les draps propres, lisse ses moustaches contre mes doigts ; ronron régulier et serein. 
La folie sédimente, accalmie d’après crise, sur mes bras le sang cristallise. J’oublie d’aimer et d’avoir peur, et je n’arrive qu’à penser :
Si tu n’es pas capable de recevoir mon amour, j’irai le disperser ailleurs.
Aussi simple que ça.

- VII -

Dimanche. Soirée d’angoisse dans les deux camps. J’ai envie de pleurer mais je tente de rassurer l’homme que tu es, ta barbe en barbelé déchirant ma peau fine, ce visage épineux que je cale sur mes seins et que je couve, couvre de caresses.
Tu es beau, mon amour, tu es si beau, tu sais, même lorsque je te sens partir comme ce soir.

C’est dommage, cette vie qui te rattrape, ces démons dont tu ne peux t’échapper.

Tu es tellement plein de qualités qu'elles te dévoreront, les vipères, si elles le réalisent. Mais continue de courir, mon condamné, aussi vite que tu le peux, peut-être qu'elles ne te regagneront pas...
J'aimerais pouvoir y croire, tu sais. Me dire que cette main que je te tends avec tendresse est suffisante, que tu ne rebrousseras pas chemin. Mais tu te retournes sans cesse.
Je dors avec tes propres cauchemars, à présent.


- VIII -

MercrediSoir de grand froid, après noyade. Je sors en rampant de l’eau, et pleure.
« Putain, déconne pas, toi, déconne pas, s’il te plaît, déconne pas… ».
Tes bras qui me serrent. Si près.

Pourtant, même emmêlés et réchauffés, ta bouche sur mon corps,
en cette nuit d’amour pleine, vécue à l’infini,
continuent de te séparer de moi,
les chants des sirènes.


Vertiges.

Dimanche 16 octobre 2011 à 13:55

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Pluie de cendres sur l’immeuble, lumière sur cette pièce papillonneuse, pleine de lourdes ailes brunes qui jettent des ombres effrayantes aux murs. L’homme a trop fumé ses Gitanes, et torture de ses longs doigts nervurés les cordes d’une guitare sèche, mélodie galopante.
Il souffle ses râles rauques, ses imprécations chamanes, son chant tout en rouille qui m’allonge. 
Regards de putain.
Je suis la muse qui danse pour toi, jambes nues desserrées sous la soie.
Tends tes mains, acrobate, accroche-les à mes seins, mes fesses, mes reins.

Je ne me suis jamais sentie aussi vivante qu’avec toi. Tu m’as ouverte au monde à me prendre si fort, tes petits yeux dans les miens, ta barbe irritant mon cou et ton grand corps d’homme qui s’emboîtait si bien.
A boire avec toi mes thés du loup, te faire l’amour dans de vieux placards, ta main entre mes cuisses que je repousse en public.

Mais aujourd’hui, c’est le dernier orgasme avant la fugue.
Je te l’offre.
Je dois partir.

Inlassablement, je me convaincs :
Je ne veux pas d’attaches.
Pas t’aimer. Pas t’épouser.
Pathétique.
Moi, on m’accoste, on m’attrape, on m’adosse, on m’agrippe.
Et je m’agenouille.
A jamais, je serai. Cette traînée.
Sirène, princesse, mes couilles. Ouais.

Qui pour y croire ?

L’heure aux adieux. Des bras que l’on serre autour de l’autre une dernière fois. Tu me manqueras. J’aurais pu t’aimer, toi. Mais je ne l’ai pas fait, je crois.

« Pauvre folle ».
Aujourd’hui, tu me fais trop pleurer.

Le soleil se retire, c’est une fin d’été perdu à tirer la gueule, citron, pêche, sirotés, sirops-thés. Je bouge ma honte, de sales parties de baise en sales parties de baise, stériles et avortées, à traîner mon sac de cuir brun, lourd comme les pierres, fardeau d’une vie. Il y a toujours cette fille blonde et ivre qui prend ma main et m’embrasse « Ca va aller, viens danser ».
Mais ils sont tous là, trop présents, leurs yeux maudits perdus sous mes robes légères qui se soulèvent aux bises. Alors je les chasse, épouvantail, à révulser mes yeux comme un hibou pour les effrayer. Je ne veux pas d’eux. Non. Tous ces hommes si fades.
Je ne me sens bien avec aucun d’entre eux.

En ce matin d’automne, les volets clos sur mes angoisses, j’ai bu toute seule et j’ai fermé les yeux pour m’oublier.
Sous mes mains, ces squelettes de souvenirs font craquer leurs os pour moi. Dansons poussière, une valse hors temps.

C’est là-bas que j’ai grandi. Dans ce jardin bleu, bercée par le vent, cueillie d’orages, si près des hurlements. Et c’est ici que j’ai commencé à aimer des corps épicés, épineux : des hommes bruns mélangeant leurs langues druidiques à la mienne, soupe incolore de sentiments en désordre. A se bouffer, se dévorer d’une passion sauvage. Quinze ans, l’âge où je fais tout avec bouleversement.
Et puis un jour, les lèvres que l’on entrouvre sur le vide, les jambes qui se resserrent sur une douleur perçante, douleur d’avoir dit oui alors qu’on pensait non. Tant d’hommes se sont succédé en moi, profitant de l’hospitalité de mon ventre, mais peu m’ont fait ton effet.

Derrière moi, tout est rouille. Une saison qui se replie en elle-même, défoliant les arbres. C’est le froid qui revient, dans ce pays où le vent déflore les jeunes filles, ces pauvres fleurs vides de trop pleurer.

Je suis obligée d’avancer, il n’y a pas le choix. Malgré mon corps accablé par la lourdeur du pré-hiver, embaumé dans ce manteau de laine bouillie qui recouvre les blessures. J’ai beaucoup de route à faire pour ne plus ressentir le manque de l’homme que j’aimerais être encore capable d'aimer.
Une fêlure. Une césure entre lui et moi, à présent. 
Je continue de me demander où était la vérité, où était le mensonge et où était mon délire. Je me sens trompée, sale, honteuse d’avoir été prête à tout donner. C’est comme revivre mes quinze ans, manipulée, où l’on me faisait croire à l'amour pour quelques pipes. 

« Pauvre folle ».
« Pauvre folle ».
Ca résonne encore en moi.

La folie que je me suis inventée ne m’a jamais délivrée. Tu as raison.

Je te laisse libre puisque tu ne l’étais pas, avec moi. J’enfile une veste et je cours comme je peux, mes chaussures à la main.

En cette nuit des étoiles filantes,
je suis la seule à avoir filé.

Dimanche 4 septembre 2011 à 19:30

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Dehors les enfants jouent à se lancer des pierres et des poings, des poignards pointus. Dehors, chacun essaie de subsister, tant bien que mal. Il n'y a pas de place pour tous. Surtout pas pour les faibles, de ce côté du monde.
Vingt-trois heures trente. Cris étranglés et fracas de petits os.
On sort des sacs-poubelles pour l’enfance avortée, profusion de rouge sur nos murs de craie. Les lumières bleues tournent sans fin.
Je ferme les volets. 
Je ne peux pas voir ça.

Dedans, il n’y a presque plus rien. Seulement des cendres, du vide, et cet homme qui s’engouffre en moi pour oublier de pleurer.
C’est un vieux conteur d’histoires qui me touche, ce soir. Dans la noirceur de la mi-nuit, grillons grouillant, il souffle dans mon cou et j’ai envie de lui. Très envie.
Il est l’homme qui peint des rêves sur mon corps, de ses mains aux odeurs de racines. Des doigts dedans, des doigts dehors, des gestes violents en arabesques sur ma peau. L’homme de mes cavernes, l’homme-cigale, l’homme-cigare, cheveux de cendre éparpillés sur les épaules et peau havane.

C’est avec toi que je baise. C’est pour toi que mes cuisses pâles s’ouvrent. Ode brûlante aux bouillies de corps, tu es celui qui me fait avoir vingt ans. Oh, oui.

Plus une enfant.
Plus une enfant.

Respire.

C’est dans ma profonde gorge que glissent tes blanches larmes amères.
Je recueille ton chagrin.

Respire.
« Respire, chérie, respire entre les coups de hanches ».

Dans les placards,
ton tabac blond et tes liqueurs rouge sombre.
mes plaquettes vides et mes sirops épais pour soulager l’infection, le fourmillement microbien.
On jette par les fenêtres. Je peux y arriver sans.
Peut-être que toi aussi.

[...]

Vendredi après-midi,

Grosse dame rougeaude qui me fixe.
Respire avec difficulté.
« Vous êtes malade, Anna. »

Je suis, ah-ah, foutre non !
J’ai dit “Foutre”, ah-ah. AH-AH-AH.
Oh…

Respire.
En fait, je ne sais pas.

Mon monde, tout déformé par mes angoisses.

[...]

Je m’appelle Anna. Et, un jour, j’ai arrêté de m’interdire la vie.
« Tu dois apprendre à danser avec les fantômes. Etre vivant, ce n’est pas que des membres coloriés de bleus. », disait l’amant.
Peut-être, oui.
 Mais je me sens si malheureuse, ici.

Alors s’enfuir. Vers l’été trop chaud pour s’aimer. Serrant des mains anonymes. Pas seulement des mains. Des bouches qui s’ouvrent sur ma peau, sillonnent et meurent entre mes cuisses.

Et puis, j’ai rêvé que j’étais engloutie.
Une vague, le noir, une expiration qui se referme sur un cri.
Il fallait rentrer. La vie ce n'était pas ça.

J’ai alors traîné dans ces ruelles de pluie où l’on se noie, les cuisses serrées dans mes bas de nylon. Des devantures tristes en bois peint, et des hommes accroupis que je frôle et hume, tournant la tête vers eux. Ils tendent leurs mains puis s’éloignent, marchant de leurs pieds noirs sur les petits os fêlés, restes des guerres enfantines.
Leurs guerres, les miennes, des années plus tôt. Crac-crac.
Eux aussi ont survécu. Il semblerait.

Rejoignent un foyer imaginaire, un coin de banc, une couverture tachée. Une clope longuement suppliée entre leurs lèvres creusées.

Et tout ceux que je ne vois pas. Que je n'imagine même pas.
Des corps qui s'entassent dans des murs trop étroits, fermés sur les cris et la violence. Des maisons à roulette que l'on chasse d'une ville à l'autre, remplies d'hommes qui doivent se battre comme des enfants, pierres, poings, poignards. Survivre ne leur est pas acquis.
Personne ne les comprend, ni vous ni moi. Surtout pas moi. Pas moi qui ne partage pas leur sabir coloré ni leurs croyances toutes en folklore et superstitions.
Si près, si loin.

J’écume la ville, théâtre des misères, c’est douloureux de réaliser enfin.

Je m’appelle Anna. Et, un jour. Un jour, j’ai arrêté de croire. Que j’étais différente, malheureuse, plus qu’un autre.Foutaises.
De mon versant du monde, il n'y a qu'à fermer les volets, pour ne pas voir l'horreur.
 Je n'ai jamais mesuré ma chance d'être née du côté des épargnés. La vie se présente, s'offre à moi et je n’en fais juste rien.
C'est pitoyable.

[...]

La lumière danse blanc, flambe jaune, roussit les contours de ton visage d’angles qui se pose sur mes seins. Tu soupires, soupière sifflante et je te laisse ronronner contre moi.
« Je suis heureux que tu sois rentrée ».
Remuant les tisons, attisant mes peurs intérieures, je le vois : tu n’es pas si parfait, c’est vrai, mais. Tu me plais.
Je referme mes bras autour de tes épaules et ton sourire me donne envie de pleurer. 
C'est si simple avec toi.

La nuit, quadrillée d’étoiles. Le ciel fleurit clair. 
Ce soir est un beau soir.

Mardi 12 juillet 2011 à 17:13

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Un verre vide et un autre.
Dans un bar, à s’enfiler de l’eau-pomme en observant cette femme tanguer en tangos au bras d’un gogo qui lui glisse « T’es complètement barrée, ma Barbie, ma barjot. », plisse sa robe en remontant ses doigts entre les cuisses.

Elle est tellement plus belle que moi. Tellement plus, vivante et libérée.

Plus tard et plus loin, au-delà des pluies du large,
Ma lourde tresse ébène me tombe dans le dos, et j’étale sur l’humain l’odeur de ma chair nubile. « Sens ma peau, sens mon sexe et mes cheveux. Si t’es un homme, fais-le ! »

Et crie-moi que je suis belle…

J’ai l’âge de pondre un enfant minuscule dans une chambre blanche, à tatouer de sang les draps immaculés. Mais je gratte les emballages et je gobe les pilules, posant les mains sur mon ventre d’avorteuse. Tu sais, je ne suis pas comme ma sœur.

Les hommes ont un goût d’orge, d’orgue et d’orage. Ils sont beaux, me font frémir sous le nylon : « Toi l’égyptienne, du long Nil ma reine », en serrant fort les hanches.
Puis tournent le dos.
Toi, pourquoi tu ne pars pas ?

Dis que je suis la plus belle, pour toi.

Tu demandes souvent « Qui es-tu ? »
Qui suis-je ?
L’affreuse, l’épineuse aux mots malades. Rien d’autre, aux yeux du monde.

Ma chair est bleuissante, pourrissante, et mes songes commencent à s’infecter :
Des rondes d’enfants malades aux mains qui s’entremêlent, aux sangs qui se mélangent. Des doigts qui se pointent vers moi « Tu es monstrueusement conne, ferme-la, putain, sale gosse ! ». Et ouvrir les yeux en sanglotant, chaque nuit.
Des centaines de fois par nuit.

Dis-le moi. Encore. Après les cauchemars.

J’aimerais,
Une ode aux mers émeraude. Des rivières d’eau pâle où baigneraient des corps d’opale, reflets chatoyants, cœurs chatouillants. De la vie chaude et pleine, des cascades de rires sur les rives sauves. De l’amour, aussi.

Mais dans ma réalité, seulement des centaines de visages aux traits épais qui se tordent de rage. Des mains tavelées et velues, des crachats et des reproches : « Tes angoisses, tu les gères toute seule, poupée. Si tu savais comme tu m’emmerdes avec. ».
Et puis une main qui étouffe « Ferme-la, à la fin ». L’ode au silence, ici, partout.

Juin,
Derrière ma fenêtre, un paysage d’eaux brunes et une terre de cuivre rouge. Des ruines. Rien que des ruines, partout. Des chattes gravides et gonflées qui se traînent à terre, des boutons d’or qui fleurissent dans les ordures. Et des briques sales peintes aux éclats.
La vie, mi-figée. Où les hommes poussiéreux avancent voûtés en boitillant sous le crachin. Regardent vers moi et grincent « Belle salope, jeune salope ». Me sifflent pendant que je tourne la tête pour pleurer.

Rien d’autre que belle. Rien.

Qui es-tu ?
Je suis celle qui ne parle qu’au vent,
qui prend sa vie pour une fable et boit des livres d’eau.
Je crois.

Et je ne suis même pas belle, lorsqu’on enlève le masque de plâtre.
Alors… Il ne reste rien.

Mon salon est comme une taverne de pierre. A boire ma verveine en rêvant de Vienne. Vaine prière. Jamais je ne traîne de valise, jamais personne pour s’asseoir avec moi en silence à bord du train.
Et toi non plus, tu ne me suivras pas.

Ce soir, la nuit embaume la honte. Les vertes tiges de magnolias ont des vertiges, se courbent devant moi. Les rainettes chantent très au loin et je suis conne. J’ai toujours été conne. On me l’a assez répété.

Recroquevillée, encoquillée en coin de ville, je gémis.
« Tu sais, ce n’est pas la peine de cogner si fort, il n’y a rien de plus à l’intérieur de moi,
mon pote. »


Ils se relaient aux coups.
Mon père.
Mon vieil amour.
L’amant-diable, le lamentable amant.
Et lui.
Peut-être bientôt toi.

Qui d’autre ?

~

Je me retourne vers l’homme et souris.
« Voilà. »
Me blottis contre son épaule masculine. Il sursaute.
« Tu disais ? Je n’écoutais pas ».

Rien d’important. Rien.
Je ne disais rien.
RIEN.

Tourner la tête et retenir les larmes.
L’homme m’effleure le bras.
C’est violent, je me sens agressée.
Et j’ai tellement envie de pleurer.

Mais il ne voit rien de tout ça, pose un doigt sur ma bouche.

« Tais-toi et suce », tu penses, Homme.
« Suce,
Mais surtout, tais-toi.
Vraiment tais-toi, car ce ne sont que des ombres qui sortent de toi.»


L’ode au silence, ici, partout.
Des centaines de milliers de mains qui m’étouffent.
Les autres et la tienne, maintenant.

Je vais finir par y laisser ma peau.
Je vais finir par y laisser ma peau si je ne me mets pas à hurler à l’extérieur de moi.

[…]

Jeudi 9 juin 2011 à 16:53


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Les hommes, fauves, se sauvent aux vallées mauves. Là-bas l’eau bulle, l’ovule brûle à l’attente de leurs tiges chaudes.

Ils sont beaux, les mâles, buveurs de bières, poseurs de pierres à s’arc-bouter dos tordu, leurs longues barbes drues à terre.

Et les femmes-vautours, autour, s’étourdissent en vol,  entourent les hommes de caresses, les entourloupent de leurs atours.

Messieurs : Main pétrisseuse, oreille paresseuse, bouche hargneuse et langue verte où poussent les mots géants qui détruisent les cœurs de fille. Vous blessez et nous, on aime.

Vos chants, mes contes :
« Au son du violoncelle,
Nous violons celle qui sait. »

Nous n’avons pas le droit, nous, d’écouter et de dire.

Nous ne sommes que, femmes.
A vous sucer, en aveugle.
Yeux mangés par les oiseaux noirs. Ces oiseaux de malheur.

C'est notre malédiction, la féminité. C’est à cause de ces mamelles étouffées sous les corsages.

Être fille est un puits de honte. Et il faut avancer sans cesse en équilibriste sur la margelle.

Les mains tendues droit devant.
Jusqu’à ce que l’homme pousse et que l’on se noie, profond, profond. Dans les flux neigeux de corps.
Et plouf, salope !

A chaque nouvelle lune, le sang glisse sur nos cuisses lisses. Devoir cacher les chairs tuméfiées sous les jupes serrées.
Honte d’être femme, zébrée de bas en haut.
Honte d’être chatte, à se vider de ce sang-eau.

Notre montagne mauve, c’est un pays de sucre, où tout s’effrite. Nous sommes poussière, à vivre en miettes, tous blessés, emmêlés de s’aimer et de baiser toujours. A se grignoter l’un l’autre, se cristalliser douloureux.

C’est un pays de fertilité, de testostérone et de musc odorant, d’arbres centenaires aux troncs cerclés de cernes. La puissance métamorphosée homme, partout autour de nous. La force brute.

Nous, les chattes, ramassons des coquillages dans des sacs de toile toute la journée, à pleurer des averses de sel, des boutons d’or dans les cheveux. A faire bouillir des légumes pleins de couleur, écrire des histoires et chanter pour la rédemption. « Pardon pour mes seins, pour mon cul et pour mes lèvres épaisses. Fœtus, j’ai voulu, mais je ne savais pas ce qu’être femme impliquait. »
Prier le capitaine du ciel pour une queue chacune.
Vouloir dealer des poils, des couilles et la force de dire « Non ».

Mais, papillonner au rythme des marées, se laisser ouvrir, les jambes-ciseaux qui douloureusement s’écartent. Pleurer, vomir et jouir sous ce poids. Animal qui mal nous baise. Mal. Au ventre. Quand il rentre. Comme ça. Dans la sècheresse résignée de nos corps.

Je suis Doli. Oiseau bleu.
A m’endolorir les yeux à me pleurer, à m’endurer chaque jour, pauvre petite conne de moi-même. Salope sans yeux.
Sans oreilles.
Sans âme.
Sans rien d’autre qu’une bouche ronde, et ce cœur qui bat trop vite.

Pas de bite.
C’est comme un cancer. Vous comprenez ?

[…]

Mon homme d’épices n’a pas de nom, seulement deux gros yeux tristes et cette peau creusée de vagues, comme un masque.
Il ne sait parler autrement qu’avec son corps, à coups de griffes et de poings, et je suis la chienne accroupie que l’on cogne.

Homme,
Si je vous demandais,
« Est-ce que vous m’aimez ? »
Ce serait non, évidemment. Comme tous vos semblables.

Pas mieux qu’un autre. Pas moins bien.

« Est-ce que vous me baisez, ce soir ? »
Oui, caresse. Comme tous les hommes.

Mieux qu’un autre. Ou moins bien.
Je ne sais plus. Ai-je su ?

Je l’embrouille un peu, odeurs de corps. Il est une bête jetée sur moi, qui m’ecchymose les bras. Un loup. Peut-être un ours.

S’étourdir en une danse expiatoire, des corps enfumés qui s’empêtrent, qui s’enroulent, roucoulent, rouspètent.

Les yeux de chat qu’on ferme et la bouche rouge qui roule, qui s’ourle, s’ouvre en rond.
Mes lèvres. Embrassez, embrasez, embaisez. Et offrez-vous à moi.

Si vous me laissez vivante,
après, bien sûr, je pars.
Sans regarder derrière. Car il ne le faut pas.

Après,
J’ouvre ma main de votre sexe qui se replie.
Je claque des centaines de portes et je m’effondre.
La montagne mauve, loin derrière. Partir vivre à l’endroit. Ici tout est envers.
en vert,
en verre,
en vers.

Partir pour un pays vierge de fantômes. Là où des cirrus vertebraetus s’enroulent dans le ciel.

Mais avant, laissez-moi vous hurler que.
Silence.

[…]
Il rit.

Mes larmes deviennent rouges, glissent dans les mains. Je me suis entaillé les joues. J’y tatouerai peut-être un jour des arabesques, en pigments de suie. Pour exister. Puisque c’est la seule façon d’exister dans ce pays.

En attendant,
Laissez-moi au moins croire que.

Je ne suis pas une femme.
Je ne suis pas une femme.
Je ne suis pas.

Femme.


Je ne suis pas.

Dimanche 15 mai 2011 à 21:46



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"
Je me demande ce que tu serais devenue si on t'avait laissé grandir sans te casser"
[...]

Mercredi 20 avril 2011 à 20:06

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L
e soleil est malade, une fièvre absurde et contagieuse qui le confine dans les montagnes. Autour de moi, il y a des arbres au tronc lacéré de cicatrices et des yeux emplis de cris qui se ferment pour contenir l’émotion.
 
L’hiver est frais, l’hiver m’effraie. La nuit tombe de plus en plus fort, fontaines d’eaux noires sur ma peau liliale.
 
Soudain.
 
Plus rien.
 
 
 
Ce que vous devez savoir, c’est qu’il n’y a jamais eu d’hommes pour m’aimer profondément, jamais rien que des promesses en coquille vide, des bogues de noix qui blessent si on s’accroche.
 
Les hommes mettent leurs doigts dans mes culottes, sentent ma passerose, m’aiment et oublient de m’aimer. Ils partent en catastrophe, courent après d’autres femmes ou les enlacent devant moi.
 
Mes avant-bras portent les fantômes de ma colère, en marques rouges diluées par le temps.
 
La haine, qui se retourne toujours contre moi : « Tu es trop conne pour qu’on t’aime, espèce de salope sans intérêt ! Lève-toi, lève-toi, putain ! Et va te faire cogner. » Mes pensées me happent.
 

Chaque jour, je continue de mourir. Avec fracas, théâtrale, je me laisse tomber sur les trottoirs.
 
Chaque nuit (ou presque),
 
 
 
cet homme glisse en moi son beau regard, son sexe délicieux, lui, mon nouvel amant. Il boit à mon entrecuisse, caverne érodée par mes multiples guerres contre les hommes.
 
-         et si on s’enfuyait vers l’amour, vers les pieds nus et noirs. Just take the road, à la Kerouac ?, je demande.
 
-         …Suce ma queue, mon cœur, s’il te plaît.
 
Concubin qui m’enconne, qui m’encu… et qui m’emmerde, surtout.
 
 
 
Après chaque bataille, je lave mon corps, j’ablue chaque parcelle de moi et je noue mes cheveux. Je m’assois devant un livre, tire les lourds rideaux du salon et j’oublie.
 
 
 
Que je suis.
 
La fille-oiseau.
 
L’amoureuse.
 
Des pêcheurs.
Des pécheurs.
 
Poissons, poisons.
 
 
 
J’oublie
 
Les blessures et le sang,
 
La honte et les pleurs.
 
Depuis mes quinze ans.
 
 
 
J’oublie
 
Les ruisseaux de foutre qui coulent sur mes cuisses fatiguées
 
De s’ouvrir encore et encore.
 
et j’oublie aussi la voix grave qui se racle la gorge.
 
Ces petits yeux qui me scrutent.
 
 
 
« Ne me regarde pas. »
 
« Tu n’as pas su dire non, une fois de plus. »
 
 
 
Je suis de ces femmes qui…
 
Ainsi font.
Trois petites pipes et puis s’en vont.
 
 
 
Comment ai-je pu ?... Putain, putain.
 
 
 
Et soudain, nue, seule face aux hommes du monde entier, je me souviens. Je suis née de la terre, je suis née de sperme et de hurlements, d’étranglements. Il y a eu des graines noires prisonnières de ventres ronds, de l’argent travaillé, ciselé, et des visages marqués d’hommes qui s’étiraient en pleurs. Personne n’a jamais voulu de moi.
 
Et puis mon corps qui se cogne, cogne contre les murs et qui, douloureusement, tente de contenir les mots.
 
L’adolescence.
 
Des perles, des fleurs, des plumes et des secrets. Des larmes qui engorgent les chemisiers, se rejoignent en un océan et baignent mes pieds.
 
 
 
Aujourd’hui, j’ai envie d’avoir la paix, à l’intérieur de moi, de pardonner.
 
Il est seize heures. Un magma de lumières et de rires inonde les rues de son printemps sucré. Il y a des corps tendus vers le ciel, lavés par la pluie tiède d’Avril. Je m’assois sur un banc dans le petit jardin. Le chat est humide d’avoir dormi sous les lauriers. Il se colle à ma jambe.
 
Je regarde la nature et médite.
 
 
 
Dire,
 
Que l’on est convaincu de connaître les hommes, le vernis écaillé sur leurs peaux halitueuses et les mêmes réponses aux mêmes questions, chaque fois.
 
Et puis un jour que l’on s’attend à des cris, des claques, il y a une herbe verte qui s’étend à l’infini, des abeilles qui bourdonnent dans les cheveux. Il y a des feuilles partout, des rires, partout, un parfum d’été et une main qui serre les hanches, un peu brutalement.
 
 
 
- Comment est-ce que tu t’appelles ?
 
[…]
- Je t’attendais.

Dimanche 13 mars 2011 à 18:22

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Un pays de mangliers et de brûlures où les hommes s’appellent Simon et passent leurs doigts dans mes cheveux. J’ouvre mes yeux, aux paupières irisées comme des coquillages, sur ces jardins où les fleurs teintées d’or se hissent vers le soleil avec leur lenteur végétale.
Bien sûr, il y a eu le noir et le vide, les tasses de thé sucré tachées de rouge et les mains glacées se posant sur des hanches anonymes. Mais l’été revient, alors je fuis, j’attrape Simon et je l’enlace. Il touche mon dos aux vertèbres tordues, qui dodelinent et tournoient, colonne de moelle formant un S irrégulier. S de sauvage, dit Simon, en passant ses doigts sous mes jupes. Et il sourit.

Sa voiture cabossée vrombit ses fumées noires, jusqu’au sable, jusqu’aux poissons multicolores qui sucent les mollets.
L’océan respire, ondule et crache de minuscules fantômes d’écume sur mes pieds. Une vaste étendue d’eau claire et miroitante qui s’étend à l’infini. Rieuse, les joues peintes de ce rose-pétale, j’enlève mon pull brodé de dentelle, découvrant mes petits seins, ma peau blessée et rouge comme les gorges de ces oiseaux fragiles.

Simon m’observe plonger dans les vagues, créant des rides sur l’eau et mes plaies se laissant ronger par le sel. Je suis effleurée par des courants qui tentent de m’emporter vers l’Amérique, mais Simon veille. Il est là, debout, les pieds enracinés dans le sable, l’homme dans toute sa puissance : Simon le feu, Simon la terre qui se meut comme les laves brûlantes et éruptives des volcans.

Lorsque je sors des vagues, il me serre dans une serviette tiède, entoure mes yeux de baisers et prend mes mains dans les siennes, en soufflant toute sa chaleur pour me garder en vie. « Mon petit cœur », il gémit. Ton petit cœur ? Petit con…
Lorsque nous rentrons à l’appartement, la nuit porte les pleurs des merles aveugles. La fissure du monde saigne ses petites perles rondes à travers les nuages. Les gouttes tombent sur mes bras et cheveux, et Simon, triste, lèche ma peau ferreuse, ensanglantée. Je le retiens en moi, lui qui bouge en mon ventre, en l’entourant de mes longues jambes.

Je vois depuis la fenêtre des feuilles qui gisent, décolorées et crépitantes, sous les arbres. J’entends le vent chargé de pluie et je sens l’odeur orageuse de début de printemps.
L’été n’était-il qu’une illusion ?

Lorsque Simon apprend l’existence des autres hommes, il siffle : « Tu es une fille rouge, Anna… Une diablesse ! C’est le « S » de salope qui te déchire le dos ! »
Les pleurs lui brûlent les yeux, l’aveuglent.
Garde tes larmes, Simon. Tu es un homme et je ne suis pas même une femme, malgré le corps qui gonfle, enfle comme un fruit mûr, malgré les saignements que je tente de garder à l’intérieur de moi.
Ce sang qui coule au rythme des marées. Rouge. La fille rouge.

Je le prends dans mes bras et murmure : « Des autres hommes, il ne me reste que leur odeur, que je transporte en fantôme maintenant qu’ils ne sont plus là. Odeur de sexe, de cuir et de cigarette. Dissous dans l’épais brouillard de mes pensées. Hommes, je ne sais plus leurs visages. Je ne sais plus. Je ne sais plus que toi, Simon… »

Il se dresse et je me retrouve alors comme une hirondelle aux os fragiles, face à sa puissance d’homme, face à ce corps immense et vigoureux qu’il conserve dans le whisky, dans les alcools à la texture sirupeuse des fruits en conserve. Il pourrait me blesser.

Dans la nuit noire, début de l’aube, Simon me possède.
J’ai des ombres lavande sous les paupières, je lui demande, chuchotement étouffé semblable à une toux :
« Regarde dans mes yeux, Simon, regarde, s’il te plaît.
Est-ce que tu vois ? »

Il hoche la tête de gauche à droite, s’extrayant de moi, hébété. Je plisse les yeux.
« Pas grave, mon pote. Allez... quand même, saute-moi... »


[ La mer se tait, l'homme suffoque et l'oiseau ploie sous les coups. L'été est loin. ]

Jeudi 6 janvier 2011 à 18:30

Ka maharatia tenei i ahau e ora ana...

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Tant que je vivrai, je n'oublierai jamais, e hoa.

Lundi 3 janvier 2011 à 20:38

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[ Les érables blonds d’été
le sang versé en gouttes
les osselets jetés aux eaux vertes des océans désolés
les beaux doutes arrimés à la mort des années ]

Le ciel est bas, presque à portée de main. Il pleut. Je ne peux même plus dire la saveur du soleil. Je ne me souviens pas.
 
J’accueille les hommes, j’accueille les femmes, en robe torchon tordue jusqu’aux genoux, fleurs amputées et assoiffées qui ornent mes vieux vases, yeux ourlés, brodés, joli sourire qui articule :
« Qui désire un thé ? »
« Quels parfums est-ce que vous avez, mademoiselle ? »

Moi ? L’hôpital, l’insecticide, l’asepsie, la Bétadine, les draps souillés des mauvais rêves, l’orgasme, le sang séché, la poussière.
Mes parfums qui me suivent en ombres laides.

« Bergamote, jasmin, poire, myrtilles, pamplemousse, rhubarbe, miel »
Fruités, épicés, fumés, thé de Japon, de Chine ou des Indes, pour voyager en notes sucrées, rien que dans sa bouche.
 
Je répète, toute la soirée.
Qui désire un thé ?
Qui désire ?
Qui ?


Une brûlure, des rires légers, un sifflement de théière et un homme qui désire, qui désire oui, désire mon thé, désire monter sur moi, téter mes monts aux tétons tendus sur deux globes ronds comme des yeux de poissons.

Je le repousse, le mords, et vais m’asseoir près d’un autre, grise d'alcool.

 
Il s’appelle Jules. Il sent le cuir, le sable et les fantômes, m'intrigue beaucoup. Ses cheveux sont longs et noirs comme l'ébène.

Il porte un anneau d’argent vieilli et bossu, gravé de formes étranges au majeur gauche, une pierre turquoise qui semble refléter la mer à l’auriculaire et un jade blond tout juste verdâtre à la main droite.

Il pince les cordes sèches d’une guitare de ses mains finement musclées, tracées de lignes creuses. Il gratte de longues notes pures qui enfument l’appartement, se mêlent au cliquetis serré des larmes d’eau contre les vitres. Sa voix est un râle puissant et éraillé qui s’élève comme les âmes des morts. Je délire et me lance dans un mime de flamenco, relevant ma robe fendue à mi-cuisses. Il me regarde presque-jouir, m’effondrer sur le canapé brun et planter mes mains de femme dans mes cheveux tièdes pour y récolter des collections de minuscules barrettes de vieux fer rouillé. Sa voix s’éteint en cendres chaudes, il pose la guitare contre la table de chêne et avale une lourde gorgée de bière qui glisse comme du sucre roux et sec.

Tout le monde est parti, ne laissant que quelques verres vides souillés de rose à lèvres ou de bile amère, ne laissant que des braises de cigarettes et des parfums de pouffiasse, des polaroïds graisseux où l’on rit, où l’on s’étreint, où l’on s’embrasse sans s’aimer, sans se toucher presque, juste pour faire bien.

Jules s’adosse au canapé, les yeux dans le vague, en une attente sans but.

Quelqu’un sait-il d’où viennent les hommes, le sel dans leurs yeux et leur infinie tristesse lorsqu’ils se retrouvent seuls devant ces tasses de café noir qui chassent l’ivresse ?
Silence.

Je me dénude pour ses beaux yeux, et fait renaître en son regard les spectres des femmes oubliées, m’allonge contre lui en caressant son ventre, les mains glissées sous sa chemise. Mes jambes sont étirées, mes bras repliés autour de sa nuque. Nous restons ainsi quelques minutes.

Et puis il crache. Ses yeux sont pleins de larmes.

Je demande alors : « A quoi penses-tu ? »
Il répond : « Maria »
Cette fille un peu folle qui buvait des sirops rouges contre les mauvais rêves et qu’il a aimée puissamment, sans se lasser de la baiser.
Il ajoute, pour lui-même :
« Nous avons trop joué à l’amour crève-cœur pour que les blessures cicatrisent »
Puis, il sourit. Peut-être à moi, peut-être à lui-même, peut-être à Maria.

Si je lui demande de me faire l’amour ? pense-je à l'intérieur de moi.
Sans se faire prier –ni rosaires, ni chapelets-, il vient faire l’homo erectus, attiser le feu dans mes cavernes, en frottant sa pierre contre la mienne. Sa mâchoire est puissante et ses os épais. Je gémis, souffle dans ma tête.

« Mon ecce homo, ta couronne d’épines et ton sexe en ronces, qui s’enfonce, pénètre les nids des femmes trop faibles, comme moi.
Tes excès, aux mots lourds, tressés en nœuds de couleuvres que tu m’ordonnes d’avaler en appuyant puissamment ton corps dans ma bouche.
Et sais-tu qu’c’est aux maux qu’j’en viens quand tes mots font mal ? »

L’émotion envers les hommes nomades me rend malade, m’amère.

Maria n’est plus là, il n’y a plus que moi, tu sais. Alors…
Joue au sédentaire, enterre-toi ici, avec moi.
Entretissons nos doigts, nos cheveux et nos sangs.

La pluie s’arrêtera peut-être.
Et tu repartiras alors, si tu le souhaites, en boitant sous la bruine, ta tête en cauchemars.
Cette tête pleine de hontes, de regrets et de vierges blessantes qui se nomment "Maria" et lapent des sirops écarlates.
Mon Jules…

Mardi 14 décembre 2010 à 20:33


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J’ai passé quatre ans à la fenêtre, prête à pleurer, en observant cette pluie triste et serrée, cette pluie qui n’atteignait plus bien les hommes. Et puis celui que j’aimais est revenu, en images, en odeurs et en hurlements. Des paysages tout en noir qui reprennent subitement quelques couleurs. Le retour du peintre menteur.
Tu ne m’as pas oubliée ?

Il sourit.

Je ferme mes yeux bruns, l’imaginant dans le monde, près des fleurs givrées et des femmes à longue gorge qui susurrent comme des violons. Quatre années à toucher leurs seins riches, plein de graisses et de laits, leurs seins lourds, quatre années à suçoter, à mordiller les tétons du bout des lèvres, comme un enfant. Il a embrassé les ventres, dit les mots et promesses, il a offert les fleurs qui sentent l’amour et les graines à bébés. Une tempête de graines viriles sur leurs visages lippus, leurs mamelles et leurs bouches édentées.
Je pense à son corps entremêlé aux autres, un bouillon de flux et de râles, une sueur que l’on peut racler à la louche.
Combien tu en as baisé ?

Il sourit.

Moi, pendant son absence, j’ai gobé des sensations d’hiver et des pilules tout en rouge. Et puis il y a eu ces hommes qui sentent la fumée, l’Autriche et les gâteaux secs. Ces hommes à barbe qui me font toujours danser, prennent mes doigts et mon âme, s’enfoncent dans mes cavernes, où résonnent la houle et les vagues qui se rompent en fracas contre mes côtes. Des ressacs de leurs semences m’arrivent et remontent jusqu’à la gorge, se logent dans les joues. Je n’ai plus honte d’avaler.
Tu vois, sans toi, ça va.

Il sourit.

Ma robe prune descend en cascades de fleurs jusqu’à mes chevilles, et les tourbillons de pétales remontent dans mes cheveux. Depuis qu’il est parti, je ne sais plus bien qui je suis, ni si j’ai toujours quinze ans. Suis-je une autre, un être autre qui meurt d'être ?

Soupirs.
Je le regarde, debout dans son jean noir, peindre de ses longs doigts des entrelacs de taches sombres sur des toiles vierges. J’y vois des loups, des vers et des arbres à chats, des armes qui se tournent vers moi. Il se penche sur moi et me fixe. Je demande :
Tu vas partir à nouveau ?

Il sourit.

Je m’assois devant la bibliothèque, comme lorsque j’étais cette enfant malade pleine de fièvre noire, de maladies de chiennes. Je rouvre de mes petites mains les livres aux pages décolorées par les pleurs : des loups qui ouvrent leurs gueules sur des jeunes filles et des enfants minuscules qui visitent le monde à dos d’hirondelle.
L’humidité a racorni les pages comme de longs yeux d'escargots, comme les sexes d’hommes lorsqu’ils n’ont plus envie. Plus envie de mon corps de fille, de mon corps qui donne sans retenue.
Plus envie de moi, alors partir.
Je me relève et vais prendre ses doigts pleins de peinture dans les miens. Mon cœur…

Il sourit.

Au-dessus de moi, les étoiles dansent en jaune, en filaments dorés, des valses lentes qui étourdissent.
Je m’enveloppe dans nos draps, il embrasse mon front et ferme les volets sur la nuit, sur l’aurore dormante quand les oiseaux ne chantent plus.

Pourquoi est-ce que tu parles sans cesse d’oiseaux ? demande-t-il.

Je souris.

Je lui propose de venir avec moi, vivre dans l’été, prendre des bains de soleil et revenir noirs, les cheveux décolorés.

Il me fait taire, attrape mes hanches et m’enlace comme avant, murmure : « Tu es encore plus belle qu’à tes quinze ans, Anna. »
Je le serre dans mes bras et embrasse ses lèvres cendrées goût nicotine qui exhalent sur moi une chaude odeur de goudron. J’aime toujours l’embrasser.

Il s’allonge sur le lit et glisse ses mains sous ma robe à fleurs. Je passe les miennes dans ses cheveux, soupire :
Tu ne partiras pas, cette fois ?

Il sourit.
« Tu sais très bien que si. »

Je le prends contre moi et me mets à griffer rageusement ses épaules. Il dénoue mes cheveux et ôte ma robe, embrasse mes petits seins et mes petits doigts. Il se déshabille devant moi, dénudant ce corps que je découvre une nouvelle fois, encore plus masculin qu’avant.
Il se dessine de tout son poids sur moi et je m’entortille comme un lierre autour de ses membres de pierre, le suppliant de me faire l’amour. Encore l'amour, toujours l'amour.
 
« Sauve cette nuit,
Et combats le lever du jour
Viens demain,
Demain je serai parti »
 

Cette nuit à sauver qui se jette sur mon immeuble, m’enveloppe comme un drap de soie noire, m’étouffe. Dès demain soir, seule, à talons, à paillettes, je m’en irai faire la cour, faire l’amour, faire la bête. A la manière d’une chatte qui traîne son ventre contre la peau de la terre, ce ventre comme un jardin de terreau fertile où poussent les arbres à chats.
J’irai séduire ces hommes en pointillés, ces hommes à découper à dévorer, entre parenthèses jusqu'à ce que… 

Dis moi où tu pars, Lucas...
En un silence, il m'embrasse, sourit et se retourne, referme doucement la porte de bois lourd derrière lui, ne me laissant qu'un vague parfum d'ambre et de tabac.

Je hurle. Est-ce que quelqu'un m'entend ?

Jeudi 2 décembre 2010 à 11:27

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Vous savez, c’est un pays où la pluie ne cesse jamais. Les oiseaux tombent du ciel sous le poids de leurs plumes humides, et les hommes balayent les petits os alors que d'autres les récupèrent à la manière des collectionneurs pour en faire des cure-dents ou des vieux colliers.

Je vois chaque matin les enfants, ces enfants comme des petits fantômes de brouillard qui dansent en ombres dans les jardins de l’immeuble. Je distingue à demi leurs silhouettes s’ébrouer à travers ces immenses pins qui boivent l’eau des nuages. Et puis j’entends, mon oreille collée contre les fenêtres, j’entends leurs chants comme des pleurs, des chants ronds et iodlés, tels des roulements de gorge.
Depuis quand est-ce qu’ils sont là ?

Ma vie, décolorée par le soleil, par le travail qui épuise les femmes, les infusions d’herbes et de fleurs que je bois par à-coups en me brûlant la langue.

La porte (ma porte ?) s’ouvre sans cesse, les hommes sont comme un cortège de couleurs, de poudres irisées qui viennent parer mon corps de mille éclats. Je coule, et j’avale, je lèche et je dis « Tu es là, juste là dans mon ventre, tu le sens ? », en chuchotant et en posant mes mains sur le nombril. Il y a tellement d’hommes qui me baisent.
Depuis quand est-ce que je suis là ?

Samuel vient chaque jour et tombe amoureux de moi. Il s’assoit sur le divan et fume en me regardant nue, moi qui danse comme une gitane. Les minuscules rayons de lune se reflètent par la fenêtre, baignent la pièce d’or liquide et je m’y noie, la respiration bloquée jusqu’à ne plus pouvoir, m’effondrant souffle-haché sur le carrelage en un bruit de castagnettes.

Vous me croyez, j’espère.

Samuel ouvre ses doigts qui glissent sur mes seins, et il les fait descendre comme des petits vers jusqu’entre mes jambes qui l’accueillent en eaux. Je dis que je ne veux pas, mais c’est évident que je veux. Oui, évident.

Il est beau lorsqu’il me prend, sa bouche à demi ouverte émettant un souffle chaud, ses bras qui font jouer leurs muscles pour tenir le rythme et ses râles mal contenus qui se brisent contre les murs.
Samuel vient sur moi et s’enfonce comme il le peut, jusqu’à ce que je m’extraie, toute transpirante.
Je me relève alors et je me pare, devant cette vitre qui m’éclaire de jaune lunaire.

Vous savez, j’aimerais vivre en juin, étendre du linge propre aux odeurs de lilas sur un balcon brûlant, ouvrir en grand des fenêtres balayées de ce soleil dégorgeant ses brûlures. Mais je m’enferme dans une mi-existence où il fait toujours novembre et qui me colle à la peau comme une mue dont on ne sait pas se dégager.

Je demande à Samuel : « M’emmèneras-tu là-bas, loin des enfants malheureux, loin de novembre ? » Me permettras-tu de vivre, de sauter sur ces ballons qui m’asphyxient, de lâcher les ficelles des cerfs qui volent et me retiennent à l’enfance, me laisseras-tu décoller les pansements qui recouvrent mon ventre en grattant du coin de l’ongle ?

Fermer les yeux et prendre son inspiration.

Lorsque je me referme en moi, Samuel est là, toujours là, derrière moi, nu et enroulé dans une serviette humide. Il prend mes hanches et je sursaute. Alors il demande :
« Où vis-tu Anna, si ce n’est dans ta tête ? »
Je souris.
« Qui es-tu lorsque tu me laisses toucher ton corps, Anna ? »
Vivante. Je suis, vivante, Sam.
Mon homme des 22h22, des espoirs et des déconvenues.
J’enlace ses épaules, me colle à son corps et soupire. Il est brûlant, et je le sens tout dur, sur ma peau. Ainsi suis-je une femme désirable, une désirée, plus une enfant ?

Ne riez  pas lorsque je pleure, ne riez pas, s’il vous plaît.

Samuel caresse alors les cicatrices roses qui courent sur mon ventre comme des mille-pattes. Il n’y a jamais eu de bébé, là-dedans, certes. Mais j’ai voulu ouvrir au canif pour vérifier.

Jusqu’au sang. Jusqu’aux tremblements et jusqu’aux nausées. Jusqu’aux os.

Ce sont des fleurs bleuâtres qui poussent en moi et viennent éclore dans mes cheveux, des fleurs pour les morts, un peu décolorées et ternies. Mais pas d'enfant, non, pas d'enfant pour enfler cette panse... Terre infertile.

Vous me croyez, j’espère.

Vous savez, cette maison sent le chlore, mes cheveux sentent le chlore, et quand on me baise, j’ai toujours l’impression d’être nettoyée au chlore, comme une immense vague qui m’emporterait. Une vague qui serait hmm… une vague comme…

Vous savez, vous dites ?
Vous êtes un homme fascinant, vraiment, je ne vous mens pas.
Lorsque vous souriez, vous me faites penser à mon père.
Je vous ai déjà parlé de mon
père ?

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